COURS PAPA, COURS!

de Kim Ae-ran

31 octobre 2012 - 3 commentaires

COURS PAPA, COURS! (couverture)

Aujourd’hui encore, je pense que l’être le plus mauvais au monde est plus souvent pathétique que méchant. Peut-être est-ce cette pensée qui permet aux héros de ces cinq micro-fictions de se construire un monde plus séduisant que la réalité environnante. Il faut absolument découvrir cette auteure coréenne et Decrescenzo éditeurs, toute jeune maison qui se consacre à la littérature venant du Pays du Matin calme et surtout sur la nouvelle génération d’écrivains.

Toutes les nouvelles se rapprochent du journal intime. Elles sont écrites par de jeunes enfants, jeunes femmes, jeunes hommes et ont en commun la béance laissée par la défection du père ou son incapacité à remplir son rôle. Elles prennent toutes place dans cette Corée des années 2000 en plein boom économique. L’auteure, avec un humour noir maîtrisé, nous parle de ces laissés-pour-compte, ces adultes inaptes à assumer leurs responsabilités, au fond de grands enfants égoïstes qui choisissent la fuite comme remède. Et quand ils restent, leur toxicité est telle qu’elle génère un puissant sentiment de mal-être entravant le désir du héros à se fondre dans la normalité.

Les nouvelles, souvenirs traumatiques de l’enfance, adolescence voire pour certains personnages l’inconfort remonte au stade embryonnaire, mettent à mal la figure du père et écorne l’idée de la famille comme étant le seul havre de paix possible dans un monde de brutes. Toutes sont rédigées à la première personne du singulier et racontent le long travail de deuil de leur descendance. Kim Ae-ran se ballade entre présent, passé, futur faisant un crochet pour s’attarder sur les troubles de la personnalité de ses héros. L’absence de nom ou de références renforce l’idée de l’anonymat, de leur moindre importance et l’on comprend le peu d’estime qu’ils ressentent envers eux-même et leurs géniteurs.

Des portraits caustiques sur des pères qui abandonnent lâchement des enfants qui au jardin public, qui à la veille de leur naissance, qui après avoir ruiné et causé la mort de leur femme squattent le domicile de leur fille, qui imbibés d’alcool se battent avec un lampadaire et jettent la télévision pour remédier à la myopie de son fils… Si certains affrontent bravement leur situation, d’autres s’écroulent ne comprenant pas le mépris dont ils font l’objet.

L’écriture est élégante, resserrée, touchante. J’ai découvert ce petit livre par hasard. Il trônait sur son présentoir, seul exemplaire disponible, et c’est sa superbe couverture qui m’a attirée. Le plaisir de découvrir de nouveaux  auteurs comme de nouvelles maisons d’éditions me rend joyeuse surtout que ça me réconforte dans l’idée que le livre-papier n’est pas mort. Non, la liseuse même avec toutes ses qualités, nombreuses je le crois, n’entre pas dans mes prochains achats. Sans doute jamais vu mon incompétence légendaire face à ces nouvelles technologies. Me priver de ce contact physique, de me pouiller la tête avec les déménageurs sur la quantité de livres à emballer ( que de parlottes pour 3 pauvres livres à poser dans un carton!), d’alourdir considérablement ma valise lors d’un déplacement, naaaan! Je sacralise trop le livre pour opter pour un objet aussi  froid. Lire une bd dessus est rédhibitoire, on s’y pourrit les yeux.

Je vous recommande vivement Kim Ae-ran, elle vous ravira. Excellente pioche!

A lire d’urgence la critique de Emmanuelle Caminade sur son site: l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com. Prenez votre temps pour apprécier ses escales littéraires qui sortent des sentiers battus. Très beau blog par ailleurs. Une belle découverte en ce qui me concerne.

 

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§ 3 Responses to COURS PAPA, COURS!"

  • Bonjour,
    Je suis heureuse de découvrir votre blog que je ne connaissais pas . J’ai, comme vous , été enthousiasmée par ce petit livre, par le talent de son auteure et l’originalité de son univers. Et j’adhère totalement à votre billet. Il me semble toutefois que 2 sur les 5 nouvelles ( la troisième et la quatrième) de ce recueil son racontées par un narrateur extérieur, à la troisième personne donc, mais toujours en s’attachant au regard du héros sur le monde.

    • Bonjour,

      En effet dans Les secrets de l’insomnie et Le poisson de papier, l’intrusion de l’auteure par son utilisation de la troisième personne du singulier est palpable. Mais tout au long de la lecture, l’impression ressentie était que son intervention n’était là que pour planter le décor, fournir juste ce qu’il faut de détails puis laisser la place au personnage. L’auteure reste discrète.

      Je vous remercie d’avoir corrigé mes erreurs.

      A bientôt.

  • « sont » racontées! ah les erreurs orthographiques ! ( je vous signale à ce propos quelques coquilles qui déparent votre joli billet ( squatte/jette/son que vous avez oublié de mettre au pluriel…)
    Merci de corriger la mienne.

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