LA BIBLIOTHEQUE DES INSTRUMENTS DE MUSIQUE

de Kim Jung-hyuk

19 décembre 2012 - 5 commentaires

LA BIBLIOTHEQUE DES INSTRUMENTS DE MUSIQUE (couverture)

C’est injuste de mourir anonyme, dernière pensée à laquelle se raccroche un homme victime d’un accident de la route, pensée qui nous a au moins traversé une fois dans notre vie. Que faire dans une société prise dans la course folle du rendement immédiat? Où la société de consommation se substitue au bien-être et offre une piètre consolation à la vacuité de notre existence? Où la peur de ne plus faire partie d’un ensemble lisse et policé vous pousse à en accepter toutes les contraintes? Dans un présent incertain qui annonce un futur précaire, l’angoisse existentielle de ces héros anonymes finit par les asphyxier tant et plus que seul un accroc à-priori anodin dans la marche bien huilée du monde peut les sauver. Même si en fin de comptes, la vie n’est qu’une succession de circonstances (…) la vie change au gré d’évènements sans lien apparent, comme un collier dont on enfile les perles. Continuer ce collier, n’est-ce pas le but de la vie?  Maintenant, il faut choisir entre réussir sa vie, dans la vie ou les deux. Chaque personnage, après une analyse sans concession de leur situation  et aspiration, remédie au vide de leur existence en saisissant l’opportunité qui leur est offert.

Second recueil de nouvelles de la littérature contemporaine coréenne, il est publié aux éditions Decrescenzo dans la collection Micro-fiction. Loin d’ être bouleversant, il a juste ce qu’il faut de légèreté et d’amusant pour une gentille distraction. Les quatre nouvelles prennent place dans le monde de la musique, une industrie en perte de vitesse et qui reste pour certains l’un des moyens d’expression la plus populaire voire la seule issue possible à la notoriété. Sans forcément rechercher une reconnaissance parmi ses semblables, il s’agit pour eux de contribuer au bonheur des autres, même minime.

La première nouvelle, titre éponyme de ce recueil, raconte l’ascension d’un miraculé. Victime d’un accident de la route dont son corps garde des séquelles, il plaque tout, sombre dans l’alcoolisme pour soigner ses terreurs nocturnes, en attendant de trouver sa voie. C’est lors de l’un de ses ravitaillement en vin blanc qu’il tombe sur Musica, un magasin d’instruments de musique. De son envie à apprendre à jouer d’un instrument à la  discussion surréaliste qu’il a avec le propriétaire des lieux, le voilà embauché comme vendeur puis promu gérant. Sa méconnaissance de la musique n’entrave en rien son projet de réorganiser l’organologie par la tonalité du son en y intégrant les bruits courants. De chômeur alcoolique, le voilà créateur du juke box instrumental le plus complet. B et moi relate les aventures d’un disquaire généreux, souffrant d’une allergie au soleil et qui ambitionne d’apprendre à jouer de la guitare. B, musicien, lui propose des leçons à condition de jouer sur une guitare électrique. Malheureusement, il semblerait que le corps de son élève absorbe trop d’électricité déclenchant une sérieuse tachycardie. Il abandonne la guitare et décide faire un documentaire sur B en passe de devenir une sommité dans le monde de la musique. D le Décalé est ma nouvelle préférée tant elle est attendrissante et drôle. D a le talent incroyable d’être tout le temps à contre-temps. Que ce soit au saut ou dans une chorale, D ne parvient jamais à rester dans le  rythme. Déjà au lycée, ce défaut lui a valu d’être ridiculisé en public par son professeur. Aujourd’hui, professeur de film muet et ami de la nouvelle coqueluche de la musique, il forme le projet de s’occuper de la partie artistique de son prochain concert en y intégrant image, musique et une chorale de gens qui chantent faux. Dans Les maniaques du vinyles, un étudiant DJ en attente de son certificat professionnel est kidnappé et enfermé  dans un sous-sol par un collectionneur de disques en tous genres. Il n’en sera délivré que lorsqu’il aura réuni 600 disques en quelques heures.

A part les deux dernières nouvelles, chaque protagoniste est présenté par une initiale ou par un « je » général. L’écriture, sans être déplaisante, est douceâtre, monotone. L’absence de rythme a un effet soporifique. L’ensemble aurait pu être charmant, dommage que l’on reste sur sa faim. Avec un tel sujet, on se serait attendu à un autre traitement. Mais si l’on reste dans la logique de l’anonymat et du désenchantement économique, le choix de l’auteur est parfait. La vie ne serait qu’une grosse blague, un mauvais quart d’heure composé de moments  exquis (aphorisme tronqué d’Oscar Wilde).

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§ 5 Responses to LA BIBLIOTHEQUE DES INSTRUMENTS DE MUSIQUE"

  • fred dit :

    Une chose me semble sûre, Kim Jung-hyuk ne mourra pas anonyme… je ne pense pas avoir été le seul à me délecter tranquillement des ces quatre nouvelles qui ne m’ont pas mis en extase totale, mais ont éveillé ma curiosité de fil en aiguille.
    J’ai beaucoup apprécié la progressivité des situations, la simplicité des raisonnements des personnages et particulièrement « D le décalé » dont le récit s’écoute autant qu’il se lit et dont la chute est une jolie leçon de choses.
    Je suis aussi resté sur ma faim parce que cette lecture donnait envie de mieux. Si c’est volontaire, c’est réussi. Sinon, il y a un petit goût d’inachevé pas forcément déplaisant pour l’ignare de la culture coréenne que je suis.

  • Marcelle dit :

    Merci pour ces infos très utiles. Je pense que l’histoire des instruments de musique est toujours intéressante, alors je voudrais lire ce livre. Est-ce qu’il y a une bibliothèque des instruments réelle?

    • Bonsoir,
      Je ne vois pas très bien ce que vous entendez par « bibliothèque d’instruments réelle ». Il y a un magasin avec toutes sortes d’instruments qui enchantent l’un des héros au point qu’il crée « sa bibliothèque »établie à partir de sons enregistrés, une bande qu’il fait écouter aux éventuels acquéreurs, leur permettant ainsi de choisir avec plus de discernement l’instrument/ son qui leur plait. Sinon, les quatre nouvelles traitent de la relation musique/instruments/homme. C’est plutôt onirique comme approche. J’ai apprécié la drôlerie derrière l’histoire. Émouvant dans l’ensemble. Un auteur et une maison à découvrir. Des récits d’une grande concision.

      • Julien. dit :

        Bonjour,

        Je partagerais assez l’avis général sur l’aspect inachevé de l’oeuvre et sur l’apparente platitude du style; cela participe sans doute d’un désenchantement sensible de la société coréenne , et en particulier de ces personnages qui constituent leur identité « à la marge ». L’auteur a récemment accordé une interview sur son travail d’écriture, disponible sur le site de littérature coréenne Keulmadang : http://www.keulmadang.com

        • Bonsoir Julien,

          Je ne peux que partager votre avis sur ce livre. Merci pour le lien. On comprend un peu mieux son approche mais cela ne change rien au fait que c’est légèrement lénifiant, pour un esprit occidental. Peut-être un décalage culturel qui ne m’a permis d’apprécier pleinement ce recueil de nouvelles pourtant très agréable à lire. Une petite bizarrerie poétique, émouvante et oui, enquiquinante.

          Merci encore pour le lien et d’avoir pris le temps de partager votre opinion.

          A bientôt.

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