LA FILLE DU BUREAU DE TABAC

de Masahiko Matsumoto

15 octobre 2012 - 1 commentaire

LA FILLE DU BUREAU DE TABAC (couverture)

Masahiko Matsumoto est l’un des fondateurs du mouvement gekiga dont le magazine Garo a été le fer de lance faisant connaitre des auteurs comme Tsuge Yoshiharu ( l’homme sans talent), Saito Takao (Golgo 13) ou Nakazawa Keiji (Gen d’Hiroshima). Ces œuvres très en vogue dans les années 60/70 proposent des thèmes plus profonds en relation avec les préoccupations quotidiennes. Le magazine Garo, spécialisé dans les œuvres underground ou avant-gardistes, cible avec ces « dessins dramatiques » un lectorat adulte.

La fille du bureau de tabac appartient à ce genre. Onze « nouvelles » qui dissèquent les relations humaines dans un Japon en reconstruction, une jeunesse obligée de s’adapter aux nouveaux impératifs sociaux-économiques, de jongler avec le lourd héritage ancestrale, de trouver des moyens de survivre au milieu d’un monde qui n’éprouve pas de pitié envers les plus fragiles.

Les hommes ne sont pas à l’honneur ici. Décrits comme des êtres craintifs, irrésolus, timides voire des monstres d’égoïsme, ils se laissent porter par l’air du temps, l’alcoolisme, la rêverie, le défaitisme, la fuite des responsabilités. Audacieuses, entreprenantes, téméraires, les femmes tout en combattant les mariages arrangés, leur destin tout tracé, sont plus dégourdies. Assoiffées de liberté, elles tentent de s’assumer financièrement quitte à rester vierge leur 30 ans  passés comme l’héroïne de la nouvelle  » Mademoiselle Happy » qui cristallise à elle seule les problèmes de la  société: chômage, difficultés d’argent/ de logement, les conflits générationnels, les foudroyants revers de fortune, la folie immobilière, et les liens d’amitié, seuls gages d’un avenir  si ce n’est meilleur au moins le sentiment d’appartenance estompe le sentiment de solitude rampant.

Des tranches de vie douce-amère où l’on voit des couples s’engager dans des amours à deux balles, des couples mal assortis, des hommes déboussolés par la vénalité de leurs épouses, des pauvres gens ayant deux boulots à la fois pour faire face aux besoins quotidiens, des gens qui déménagent plus vite que leur ombre essayant d’échapper à l’opprobre des voisins parce que votre moitié s’est révélé être véreux… Non, l’ensemble n’est pas d’une  grande gaité. Déprimant ces petites existences pathétiques vides de sens avec tous ces personnages qui tournent  en rond. Comme nous pendant la lecture.

Pas forcément inintéressant mais bon, juste avec les informations, j’ai ma dose de sinistrose. L’envie de prolonger ce sentiment de malaise ou d’angoisse ( tout dépend de mon humeur) n’est pas mon premier geste quelque soit l’heure de la journée. Par contre le design est à tomber, c’est magnifique. Quoique là aussi, je modère  mon commentaire: le back ground est d’une prodigieuse finesse. Très détaillé, le paysage contraste avec le trait des personnages: ils sont tous laids et se confondent. L’extérieur est abouti alors que les intérieurs sont  vaguement esquissés. Quasi minimalistes. Le rendu est saisissant.

C’est très beau, je suis heureuse d’avoir eu entre mes mains un des fondateurs qui a su inspirer des générations entières de mangaka, mais l’expérience s’arrête là pour moi. Mon sentiment, moins prégnant ici qu’avec Golgo 13 ou Lady Snow Blood (acheté juste après avoir visionné les Kill Bill), est la déception. Après les deux autres sus-nommés m’ont carrément fait chier. Ce n’est que mon avis, libre à vous de découvrir cet auteur. C’est comme les musiques d’ascenseur, pas désagréables mais le côté sponsorisé par prozac & co vous vient vite à la tête. Ça lasse.

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§ One Response to LA FILLE DU BUREAU DE TABAC

  • fred dit :

    bof… très répétitif…
    je n’ai pas la connaissance ni le recul littéraire que tu as pour apprécier ces histoires de « non couples » sans queue ni tête.
    Raisonnablement attractif mais très lancinant à mon goût. Une simplicité très compliquée. Je n’ai pas adhéré.

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