LA VOLEUSE DE FRAISES

de Eun Hee-kyung

3 juin 2015 - 0 commentaires

LA VOLEUSE DE FRAISES (couverture)

Cette petite collection de Micro-fiction des éditions Decrenscenzo s’étoffe et offre aux lecteurs éventuels de belles mises en bouche. Des senteurs, goûts délicatement relevés, voilà l’esprit de cette collection. La voleuse de fraises, recueil de nouvelles, n’y déroge pas.

En toile de fond, la société coréenne, une société conventionnelle, rigoureusement structurée laissant peu de place à la fantaisie. Un monde sclérosé où tout un chacun se surveille, où chaque individu s’attache à respecter les règles communautaires qui l’ont façonné et où il est de bon ton de ramener au bercail un transgresseur possible. Pas facile d’évoluer dans un tel milieu quand on est marginale. Et prendre le risque d’affirmer une telle identité est une croix bien lourde à porter pour le commun des mortels. Vivre cacher pour vivre heureux serait-il la solution? Telle est l’entreprise des trois héros de Eun Hee-yung qui, ne pouvant exister au grand jour , décident de survivre tant bien que mal à toutes les contraintes, éloignant ainsi la réprobation de leur entourage immédiat.

Il ne passe pas grand chose dans ces nouvelles, tout est une question d’ambiance, d’atmosphère et là, c’est réussi. Chaque nouvelle ferait un excellent court métrage tant elles sont riches en émotions. Et la chute inattendue.

Nous avons trois individus à la vie bien rangée, du moins ils s’y astreignent. Un rien les fait basculer. Une simple corbeille de fraises offerte par une amie d’enfance, une femme bien sous tous rapports révèle son côté obscure. Tant d’années à peaufiner un personnage lisse quasi servile qui tombent à l’eau! Y a de quoi être énervée. La quête farfelue du bonheur d’un ancien collègue atténue la vie contraignante d’un chômeur de fraîche date. La perte d’un collier, l’attente d’une carte postale compromettante suite au récent décès d’un ami cher, et le narcissisme d’une grand-mère au rêve de jeunisme poussent une mère de famille célibataire dans ses retranchements  affectifs. Mais la vraie star de ce recueil est la société coréenne dont l’auteur distille par à coups les revers de ce monde policé, un monde où perdre la face et attirer l’attention semblent être le pire des châtiments.

Dans l’ensemble, c’est plutôt drôle, pas à s’en décrocher la mâchoire mais un petit sourire en coin accompagne ce recueil. Quant à moi, ce fut une bonne surprise, Les boîtes de ma femme du même auteur m’avait littéralement emmerdé. L’écriture est légère, les personnages attachants, la fin surprenante. Je recommande vivement cette lecture aux âmes sensibles ayant des dispositions immodérées pour les ambiances intimistes. Très joli petit recueil de nouvelles. En vous souhaitant une bonne lecture.

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