MON COPAIN LE KAPPA

de Shigeru Mizuki

22 mai 2013 - 0 commentaires

MON COPAIN LE KAPPA (couverture)

Shigeru Mizuki, au travers des aventures de son jeune héros, nous présente d’autres personnages issus de la mythologie japonaise dont le kappa. A part sa peau de batracien, sa carapace et le trou rempli d’eau qu’il a au-dessus de la tête, ce kappa ressemble à s’y méprendre à ce pauvre Sampei Kawara qui a déjà maille à partir avec sa propre situation familiale.

Sampei est un jeune orphelin, vivant dans une région reculée de la campagne en compagnie de son grand-père. Après des études prometteuses, son père sombre dans la folie et disparait. Sa mère, suite à désastre, quitte le village.

Élève médiocre, sa ressemblance avec les kappas suscite moqueries et rejet de la part de ses camarades. Au cours d’une partie de pêche, le voilà kidnappé par deux kappas qui ramènent le fuyard  dans leur monde, un village installé au fin fond de la rivière. Arrivé à moitié noyé dans ce pays interdit aux humains, il s’en retourne à la surface avec un nouvel ami, un kappa dépêché par sa communauté pour étudier le monde des humains. En effet, les kappas ont peu d’estime pour ces derniers qu’ils considèrent non seulement comme des êtres vils mais aussi légèrement arriérés. Leur similitude physique entraîne les deux compères dans une série d’aventures rocambolesques. Non content d’être obligé de participer à une compétition de natation défendant les couleurs de son école puis de sa région, Sampei doit ruser avec le Messager de la Mort, un piètre personnage en passe d’être renvoyé par Enma, le dieu des Enfers. Il faut dire que ce Messager est un mauvais employé et pour réparer les injustices dont il se sent victime, il décide de s’en prendre aux derniers membres de la famille Kawara. Malgré sa volonté de sauver le peu qui lui reste, Sampei allant jusqu’à proposer d’échanger son âme contre celle de son grand-père, il est rapidement surchargé de responsabilités. Seul au monde, il doit entretenir une maison, un champ et protéger les derniers Issun-bôshi vivants, héritage que lui laisse son père qu’il rencontre brièvement et trouver un moyen pour gagner ce fichu championnat. Avec l’aide des Issun-bôshi, de Tanuki ( un chat particulièrement mal embouché) et de Kappa, Sampei déjouera tous les plans du Messager de la Mort et de son âme damnée, le renard-yôkaii.

Mon copain le kappa est touchant, pudique et humoristique. Shigeru Mizuki désamorce le misérabilisme que pareil sujet comporte en faisant de son orphelin un personnage honnête, fidèle en amitié, respectueux des traditions et plein de ressources face aux tragédies qui lui tombent dessus. Les situations dans lesquelles il se débat tiendraient de Dickens s’il n’y avait pas cette dose d’humour qu’apportent les facéties de ses ennemis. Pourquoi est-ce une bonne idée de découvrir Mon copain le kappa? Parce qu’il y a dans cette œuvre plusieurs niveaux de lectures: l’intérêt de découvrir le folklore japonais n’est pas des moindres ainsi qu’une manière de penser, de raisonner sur les fondamentaux de la vie éloignés de notre philosophie occidentale. Sans s’appesantir sur les malheurs de son héros, Shigeru Mizuki dévoile de-ci de-là des aspects de la vie japonaise peu connus que ce soit les liens familiaux ou sa mythologie. On peut aussi s’attacher, puisque c’est dans l’air du temps, à l’importance de la nature dans notre vie, au respect qui lui est due, et donc au fait que l’humain dans sa course folle au matérialisme ne peut s’en passer: sans elle, pas de vie possible.

N’oublions pas ce coup de crayon incroyable à faire pâlir de jalousie un élève aux Beaux Arts! D’accord, les personnages sont laids mais les décors, le soucis du détail sont à tomber. Des paysages fabuleux, un talent phénoménal concernant le plein et le vide (j’y attache une grande importance) et une grande intelligence quant au scénario; ce livre peut aussi être lu par des enfants, le côté caca-prout les ravira et c’est une bonne occasion d’ouvrir ces jeunes esprits à d’autres cultures. J’ai adoré ce manga que je relis assez régulièrement et à chaque fois je me surprends à découvrir de nouvelles facettes qui m’avaient échappées jusqu’à lors.

Shigeru Mizuki est au auteur à part dans le monde du manga. Il a bâti toute son œuvre sur la mythologie japonaise la remettant au goût du jour. Savait-il à l’époque que l’importance de sa contribution à l’édification de la littérature japonaise lui vaudrait l’honneur d’avoir non seulement une rue à son nom mais aussi un musée? En en effet, en son honneur et à sa contribution pour avoir placé ses histoires dans son ville natale et ressuscité des dieux anciens tombés dans l’oubli, les habitants de Sakaiminato ont rebaptisé leur avenue centrale en Route Shigeru Mizuki, une avenue ornée des différents personnages fantasmagoriques qui peuplent son œuvre et qui mène tout droit au musée qui lui est consacré. Depuis lors, ce pèlerinage draine des centaines de milliers de touristes et est devenu l’une des principales ressources de la région.

Sans être une obligation, et cela n’engage que mon insignifiante personne laquelle assume ses choix, Shigeru Mizuki est un must read. Vous serez emballé (ée-ées-és) soit par le dessin, soit par l’histoire soit par la philosophie qui se cache derrière. C’est superbe et ça changera votre regard concernant le manga. Et c’est d’une poésie… je vous encourage vivement à l’acheter. En plus les éditions Cornélius ont mis les petits plats dans les grands donc aucune excuse pour ne pas s’y plonger. De 7 à 77 ans.

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