2666

de Roberto Bolano

28 octobre 2015 - 0 commentaires

2666 (couverture)

Son Nocturne du Chili m’avait tellement plu avec ce ton monocorde pour raconter les derniers instants d’un prêtre cloué au lit tentant tant bien que mal de justifier ses malfaisances passées que je me suis lancée dans ce 2666 avec enthousiasme.  Et puis il fut tellement encensé à sa sortie que la perspective d’avoir entre les mains le dernier chef d’œuvre d’un auteur disparu trop tôt laissait entrevoir des jours, des nuits de bonheur intense. Ce ne fut pas une déception à proprement parlé, l’erreur m’en revenant complètement puisque je n’ai pris en compte que les critiques élogieuses, j’avoue que j’ai payé cette partialité par un ennui profond…pendant plus de mille pages. C’est long mille pages quand on avance à pas mesurés histoire de ne pas tomber dans le dégout. Franchement, si son style monotone convenait à la douloureuse confession de ce prêtre dans Nocturne du Chili, ici cette qualité devient un défaut exaspérant. Sans pour autant provoquer la colère chez le lecteur, un sentiment diffus de perte de temps s’installe confortablement et après il ne reste que l’humour et quelques espiègleries pour en venir à bout. Il n’était pas question d’abandonner, après tout tout le monde s’accorde à déclarer haut et fort que 2666 est un véritable prodige littéraire. Un point positif tout de même: décider de publier en un seul bloc ces cinq histoires est une bonne idée; séparément, l’intérêt du lecteur et les deux énigmes centrales de ce pavé  s’en seraient trouvés émoussés.

2666 pivote sur deux thèmes: celui de l’éventuelle et imminente nomination d’un obscure auteur allemand au prix Nobel de littérature et une série de meurtres dans la région de Sonora à la frontière du désert de l’Arizona.

Quatre universitaires européens liés par un indéfectible amour pour la littérature allemande et en particulier pour l’œuvre de l’un d’entre eux, Archimboldi, auteur discret et secret dont l’attitude rappelle celle d’un Pynchon face au public et à la presse, partent à sa recherche au Mexique sur la foi d’une rumeur de seconde main (la partie des critiques). De cette passion commune, seules les retrouvailles avec leur idole sauveraient les amours tristes et grises qui se tissent entre les quatre protagonistes. Amalfitano, professeur ayant perdu la fibre d’enseigner quoique ce soit à qui ce soit, les aide dans leur enquête. Mais Amalfitano a bien mieux à faire que ça. Son temps se partage entre l’examen de détérioration d’un livre suspendu à fil à linge, les souvenirs d’une épouse complètement folle dont il n’a que peu de nouvelles et une fille qu’il aimerait savoir à l’abri de ces meurtres et loin de cette racaille qu’elle fréquente (partie d’Amalfitano). Ah, ces meurtres dont on nous rabat les oreilles… 430 pages de litanies! Même les rares incursions hors « crimes » ne parviennent pas à étouffer ces bâillements d’ennui ( partie des crimes) mais on a la joie de rencontrer un jeune journaliste-reporteur spécialisé dans les sujets sociétaux qui, tout le temps où il travaille sur Detroit, vous offre une bouffée d’oxygène jusqu’à ce qu’il remplace un collègue pour un match de boxe qui se déroule où? A Santa Teresa, un joli petit coin de la région de Sonoma pour tout apprenti meurtrier (partie de Fate). Et enfin, le Saint Graal (la partie Archimboldi),où l’énigmatique auteur qui n’en finit pas de se dérober se révèlerait enfin et mettrait un terme à cette lecture poussive.

Des passages plairont comme ceux qui abordent la littérature, la portée de l’œuvre de certains écrivains, les difficiles relations et tentations des écrivains avec le pouvoir (il a une dent contre les auteurs chiliens visiblement), la relation à l’art. Sa tentative de maintenir une sorte de suspense avec tous ces crimes ne réussit pas à exalter l’esprit endormi du lecteur qui peine à justifier une curiosité soutenue durant plus de mille pages. C’est chiant d’un bout à l’autre mais au moment où l’on se décide à abandonner la lecture, un petit évènement nous pousse à continuer. L’envie de savoir, la curiosité et puis au 3/4 du livre, on se sent bête devant notre indifférence. Par orgueil, on en vient à bout. Mais il paraît que c’est un chef-d’œuvre lequel est passé sur mon insignifiante personne comme un pet sur une plaque d’huile. Par contre, le lire pour y pêcher des idées de lectures.

Entendons-nous, je n’ai pas détesté ce pavé, je ne l’ai pas aimé non plus, il est assommant c’est tout. Cette uniformité dans le ton lasse.

En vous souhaitant une bonne lecture.

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