CANADA

de Richard Ford

15 octobre 2013 - 0 commentaires

CANADA (couverture)

Les éloges des critiques professionnels sont dithyrambiques arguant que Canada est le retour gagnant de Richard Ford après tant d’année d’absence. Il est présenté comme l’incontournable livre de l’année tout de même!

Ah! ce premier chapitre fracassant qui vous alpague, si plein de promesses, je suis sous le charme. Je m’y plonge rapidement, trépignant d’impatience, ce Canada me prouverait à quel point j’avais eu tort de me détourner de cet auteur après seulement un essai soldé par une cuisante déconvenue. Le sujet ne me laissait pas indifférente: un professeur de lettres et amateur d’échecs à la veille de la retraite établit le bilan de sa vie. Il se livre à une introspection calme, posée, en revenant sur ces instants où tout bascule.

Pour Dell Parson, tout s’est joué l’été 1960 à Great Falls dans le Montana. Il a quinze ans, tue l’ennui en s’intéressant aux échecs et à l’apiculture, compte les jours qui le séparent de la rentrée des classes au lycée du coin, observe distraitement ses parents mal assortis et Brener, sa jumelle. Le temps s’écoule lentement, sans rien qui vienne égayer son désœuvrement à part ses futurs projets. A quelques jours d’intégrer le merveilleux monde de la connaissance, tout se détracte. Les parents braquent une petite banque dans un autre état, se font rapidement arrêtés et emprisonnés. Livrés à eux-même et après une dernière visite à la prison du comté, Brener s’enfuit, une décision longuement mûrie. Dell, selon les dispositions maternelles, est confié aux bons soins d’une amie. Ce sera le Canada pour lui, l’amie en question le laissant sous la protection de son frère. Pas le Canada grandiose, mais Partreau et Fort Royal, deux villes aux allures de fin du monde, deux villes tristes, battues par le vent, la pluie, le froid, le genre d’endroit où l’on se réfugie quand on a un passé à faire oublier. Charley  Quaters, un métis indien avec un goût pour la teinture de cheveu et le rouge à lèvres qui dégoulinent, lui enseigne les rudiments de la chasse. Arthur Remlinger, propriétaire du Leonard Hotel, est un ancien d’Havard promis à une longue carrière au barreau. Par choix, il s’est réfugié ici au milieu de nulle part. Le Leonard Hotel est le rendez-vous des Fusils au moment de l’ouverture de la chasse à l’oie et aussi un hôtel de passes. Dell s’acquitte admirablement de toutes les tâches qui lui sont confiées, s’interrogeant parfois sur la durée de cet exil, sur les possibilités de s’inscrire au lycée et reprendre le cours de son existence. La solution à ses dilemmes se fera en deux temps: être le témoin gênant de deux meurtres suivi de l’invitation à quitter les lieux, direction Winnipeg où l’on prendrait vraiment soin de lui.

Dell Parson part à la rencontre de lui-même, refait le chemin à l’envers, fait le point sur ce qui est arrivé tout en évitant de trop s’appesantir sur ce qui aurait pu être si d’autres décisions avaient été prises. Il reconstruit toutes les phases de son aventure, celle de ses parents qu’il continue d’aimer et tente d’analyser les raisons de sa survie. Est-ce son penchant naturel à l’obéissance ou sa nature optimiste qui lui évite un sort funeste? Ou quelques conseils retenus? Celui de sa mère qui l’invitait à la souplesse ? Celui de cette amie qui lui enjoint d’ouvrir le plus possible les champs des possibilités et de toujours avoir à portée de lui un truc dont il pourrait se débarrasser sans regrets? Celui d’Arthur Remlinger qui lui répète sans cesse de s’intégrer à son milieu? Il ne peut rien affirmer avec certitude. Lui l’adulte, aujourd’hui marié et bien installé dans cette vie qu’il s’est bâtie à force d’efforts, évalue le chemin parcouru avec un regard d’adolescent. C’est la seule qualité de ce livre sinon c’est plutôt chiant.

235 pages sur le dérapage des parents, 117 sur son hébergement temporaire et 37 pages liquident cette histoire qui traîne en longueur. Il était important pour moi de chasser l déception d’Un week-end dans le Michigan, il y a vingt ans de cela. Impossible d’affirmer que cette deuxième fois sera bien la dernière fois que j’use mes yeux sur sa prose. Je m’étonne de ne pas accrocher à cet auteur alors que mes goûts m’entrainent vers une littérature particulièrement descriptive, le genre où absolument rien n’arrive jamais, le genre « courant de conscience ». Oui, les trucs rébarbatifs mais là, rien ne fonctionne. Aucune empathie envers ce gentil personnage qu’est Dell, aucune émotion provoquée par la prose de l’auteur… C’est trop long, trop dilué, et ça se met à tourner en boucle que ça en est lassant. Et la pesanteur de l’écriture n’aide vraiment pas. Non, décidément, Canada ne m’a pas fait changer d’avis sur cet écrivain. Il n’est sans doute pas pour moi mais que cela ne vous empêche pas de le découvrir, il parait que c’est son meilleur. Ce sont les professionnels qui l’affirment. A vous de voir.

 

 

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