DES CAILLOUX DANS LE VENTRE

de Jon Bauer

18 septembre 2012 - 0 commentaires

DES CAILLOUX DANS LE VENTRE (couverture)

Prix du premier roman décerné par les libraires indépendants australiens, Des cailloux dans le ventre traite de la part d’enfance, la mauvaise part, que l’on trimbale sa vie durant au point que cette référence négative, du moins la manière dont on l’a analysé, ingurgité, recraché, est l’unique point d’ancrage auquel on se rapporte. Si comme le personnage principal, la haine, le ressentiment, la jalousie sont le moteur d’une vie, car c’est la seule chose de tangible à laquelle se raccrocher, toutes les décisions seront gouvernées par une vision biaisée. Servie par une écriture épurée, fluide, sans jamais tomber dans le pathos dégoulinant de bons sentiments, Jon Bauer présente un personnage déplaisant à deux moments de sa vie; à 8 ans et à 28 ans.

Un homme dont on ne connaîtra jamais le nom, revient chez lui pour s’occuper de sa mère atteint d’un cancer au cerveau. Après tant d’années d’absence, de fuite en avant, son passé resurgit, les sentiments d’antan toujours intacts. Un chaudron de haine, de rancœur, d’hostilité est en route pour régler une bonne fois pour tout ce qui le ronge encore. Quels comptes peut rendre une vieille femme incapable de parler, perdue dans son propre monde, devant cette non-vie à la prise massive de stéroïdes qui prolonge son existence?

 » Doin’ what you people need is never on the  menu » (Blunderbuss – Jack White)

Enfant unique, l’enfant grandit dans une famille aimante. Un père attentionné qui se préoccupe de l’équilibre psychologique de son fils et une mère qui décide de transformer sa maison en famille d’accueil. Sans pour autant négliger sa famille biologique, son altruisme, son investissement dans cet acte charitable provoquera chez son jeune fils un réel chaos. Se sentant délaissé, il accumulera toutes les bêtises jusqu’à l’automutilation pour trouver sa place dans le cœur de sa mère. L’arrivée de Robert, Robert MacCloud, 13 ans, un garçon intelligent, sensible, abimé par la vie mais tellement reconnaissant d’avoir une nouvelle chance, un nouveau départ dans la vie mettra le feu aux poudres. De méchant, le fils de famille deviendra vicelard, sadique  laissant libre cours à sa perversité. Pour retrouver sa place dans cette famille, l’attention de son père ne suffira pas, il commettra l’irréparable et plongera tout son monde dans l’enfer. L’enfant jaloux et paranoïaque deviendra un adulte un adulte détestable, cynique, cruel n’ayant pas réussi à pardonner ni à s’abstraire d’un évènement survenu vingt ans plus tôt. La confrontation  entre le fils rancunier à la recherche d’une absolution, d’excuses et la vieillarde impotente s’annonce tendue.

L’histoire est écrite à la première personne et est construite en flash-back. La voix du garçon de 8 ans est magistralement maîtrisée. Le ton, le vocabulaire, l’articulation de la pensée sont parfaits. Une écriture simple, directe qui exprime au mieux la pensée de cet enfant tourmenté. La voix adulte, sans être dénuée d’humour, est très crue, froide, le fruit d’une longue observation de la nature humaine avec laquelle il préfère jouer.

Sans être le livre du siècle, ce genre de drame familiale ayant été une source d’inspiration pour de nombreux auteurs plus ou moins talentueux, c’est surtout les talents de conteurs de Jon Bauer qui doivent être mis en avant. Nouvelliste accompli, il parvient à conserver pendant plus de 350 pages à ne garder que l’essentiel de son sujet tout en omettant aucun détail sur la personnalité de son anti-héros.  Une histoire plaisante qui se lit sans déplaisir.

 

 

 

 

 

 

 

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