GOGGLES

de Tetsuya Toyoda

3 mars 2014 - 0 commentaires

GOGGLES (couverture)

Goggles est un recueil de nouvelles publiées dans le magazine Afternoon entre 2003 et 2012. Tetsuya Toyoda m’étant jusqu’à ce jour inconnu, c’est la petite recommandation de Jirô Taniguchi sur le bandeau bleu qui ceignait ce one shot qui m’a décidée. J’ai apprécié l’atmosphère intimiste de L’homme qui marche, Quartier lointain, Les années douces pour en citer quelques uns. La sensation de langueur, la petite musique mélancolique, la fausse nonchalance des protagonistes, l’impression de murmures, la suggestion plutôt que le bavardage, le côté suave du temps qui passe…

Tetsuya Toyoda partage la même approche narrative: il susurre, délivre peu d’informations sur ses personnages, détaille peu leur mal être. Le mangaka dépeint des vies en suspens, des existences qui n’attendaient plus grand chose du monde, des hommes, mais qu’une minuscule poussière vienne à enrayer la bien huilée mécanique de l’ennui et là, seulement là, peut-être que la perspective de bonheur tant espérée mais jamais franchement formulée aura quelque espoir de réussir.

Les héros de Goggles agissent comme des prisonniers, leur état d’esprit leur geôle, ils subissent le monde. La crise économique de 2008, la violence familiale, les regrets ou remords de toutes ces opportunités gâchées, la mise à l’écart de la société, la déception.

Goggles, la nouvelle éponyme de ce recueil met en scène une jeune enfant mutique qui refuse de quitter ses lunettes de motard et sa chemise trop grande, des reliques de son grand-père bien aimé. Recueillie par un ami de la famille et confié aux bons soins de son jeune colocataire, son histoire personnelle n’est connue qu’au détour d’une conversation entre l’ami et le colocataire. La preuve physique de la maltraitance dont elle est l’objet n’est révélée que dans une case. Une souffrance pleinement abordée dans Aller voir la mer, son prologue. Et même là, la douleur infligée à un(e) enfant est esquissée. Ces deux nouvelles sont les plus violentes du recueil car rien est pire pour le lecteur doté d’une imagination minimum que de compléter tous les non-dits, l’art de la suggestion dont use l’auteur. Toutes les nouvelles ne sont pas frappées du sceau du misérabilisme, certaines, drôles, n’en cachent pas moins leurs difficultés à se maintenir à flots. Chacun des protagonistes usera de stratagèmes spécieux pour parvenir à ses fins.

Dans Tonkatsu, un retraité au service des prêts d’une banque négocie sa mémoire et ses souvenirs sur une affaire épineuse en obligeant une enquêtrice à le suivre dans sa recherche du porc pané idéal. Dans Slider, de jeunes désœuvrés trouvent caché au fond d’un frigidaire un vieil homme qui affirme être le dieu de la Misère. Plonger votre regard dans le sien et la misère est votre quotidien. Mais rien ne vaut une démonstration par l’exemple d’ailleurs l’un d’entre eux a deux mots à dire à son ancien employé. 

Étrange recueil qui n’a pas suscité un réel enthousiasme de ma part. Pas forcément ennuyeux mais l’ambiance générale de Goggles est fade. Ces sentiments de nostalgie, de regrets attendris, de désir entrelardé de mélancolie sans ce fameux pic sentimental, le truc qui vous prend aux tripes, eh bien on reste sur sa faim. Toute cette retenue ennuie au bout du compte.

Play list:

The Dave Brubeck Quartet: Jazz impressions of Japan. Et Yom & Wang Li: Green apocalypse.                                                                                                                                                                                                                                                                

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