HÔTEL IRIS

de Yôko Ogawa

4 juillet 2013 - 0 commentaires

HÔTEL IRIS (couverture)

Du lolicon au pays du bondage!

Dans une station balnéaire, un petit hôtel familial est le théâtre d’une idylle interdite. Rien ne prévoyait une telle issue. Il s’agit bien d’une histoire d’amour: une jeune fille aime un homme, l’homme l’aime en retour, la jeune fille cache sa relation à sa famille jusqu’au dénouement tragique.

La bâtisse est quelconque, mal placée. Trop loin de la mer, trop près d’une usine de transformation de poissons. Elle est tenue par trois femmes. Une mère acariâtre n’hésitant pas à tirer avantages de la beauté de sa fille, une aide ménagère goinfre et kleptomane, et Mari, 17 ans. Impeccablement coiffée grâce aux bons soins maternels, ses fonctions, outre le ménage, la préparation des repas et le service, se résument à la réception. Une tâche peu harassante qui permet à sa mémoire de retracer l’histoire chargée de cette ancienne auberge transformée en hôtel depuis cent ans. Ne la visitent  que les morts. Ses grand-parents décédés à la suite d’une longue maladie, son père dont elle retrouvera le corps ensanglanté sur le pas de la porte d’entrée.

Depuis un an, une impeccable routine ponctue son quotidien. Tout bascule un soir de dispute entre clients.

Un « Tais-toi, putain » lancé d’une voix profonde et épaisse… Le timbre, l’autorité naturelle qui émanent de ce vieux monsieur déclenchent des sensations érotiques en elle. Le hasard veut qu’elle le rencontre à nouveau. Hantée par le souvenir du scandale provoqué par cet homme, elle le file. Commence alors leur romance atypique. Rendez-vous secrets, lettres enflammées, puis une invitation à se rendre chez lui. Il est veuf, traducteur de russe, vit seul sur une île peu fréquentée. C’est dans cette maison retirée, à l’abri des curieux que leur amour s’épanouit. Ce grand-père, qui en public se révèle tour à tour pataud, timide, agressif dans ses relations avec les commerçants, se montre un amant passionné et attentionné. La confiance qu’elle lui porte déclenche un insatiable appétit pour la souillure. Chacune de leur rencontre est une renaissance, une bouffée de liberté, une escapade qui l’éloigne pour un temps de la main mise d’une mère maquerelle. Une passion dévorante, enivrante fleurit entre ces deux solitaires qui trouvent dans cet érotisme sado-masochiste une manière de se sentir vivant, une justification à leur existence. L’arrivée impromptue d’un neveu du traducteur, un étudiant en architecture muet, perturbe le fragile équilibre de leur relation. Privé de la parole, il n’en satisfait pas moins la curiosité de Mari concernant le passé de son amant, des révélations auxquelles ce dernier goûte peu. Passe encore les médisances colportées sur sa vie de débauché, mais s’immiscer ainsi dans les secrets de son passé le force à prendre des mesures de rétorsions envers cette petite curieuse.

Rien de pornographique au sens hentai mais une illustration sur le mécanisme du lolicon et du bondage. L’écriture toujours aussi précise, simple, soignée est au service de deux éléments de la culture sexuelle nippone: 1) le lolicon ou Lolita Complex, fantasme récurant que l’on trouve dans certains mangas et animés, est un terme qui résume l’attirance des adultes pour des jeunes filles ou adolescentes aux formes imprécises. Ce mot désigne toutes formes d’art à caractère pédopornographique ou non pornographique. 2) le bondage, pratique sado-masochiste qui consiste à être ficelé(e) lors de jeux érotiques ou sexuels. Ces deux pratiques, de l’ordre de l’inconscient ou de fantasme originaire, reposent sur un rapport de confiance né pendant la liaison entre les participants. Yoko Ogawa le démontre bien ici en mettant en scène une Mari certes vierge mais loin d’être effarouchée. Au contraire, derrière une attitude faussement candide, son avidité pour l’avilissement, le divin plaisir qu’il procure rehaussé par la joie mauvaise qu’elle prend à ne plus jouer la gentille fifille obéissante devant cet homme dont elle respecte la maturité, la sagesse proverbiale et l’autorité, ne fait pas d’elle une innocente ou une proie pour un prédateur déviant. Chaque séance aboutit à une sorte d’extase, une transe dont elle attend tout, tout en se défaussant d’une éventuelle culpabilité; à aucun moment, elle est tourmentée par cela, son rapport avec ce vieillard, basé sur une confiance mutuelle, atteste de l’affection sincère qu’elle lui porte. La fin du livre clarifie sa pensée.

Là, comme ça, on pourrait penser comme l’indique la quatrième de couverture que l’on atteint les tréfonds du malaise, il n’en est rien. L’annulaire est autrement plus déstabilisant que cette histoire d’amour. J’apprécie la narration de Yoko Ogawa mais ici elle s’est ratée. C’est froid, clinique et faussement déroutant. De malaise, je n’en ai point lu, de l’ennui, oui. Heureusement que son écriture sauve le peu qu’il y a à sauver, sinon ça casse pas trois pattes à un canard. Certaines se procurent des godemichets pour pallier à leur manque ou pire ou mieux supporter dignement l’absence de plaisir que leur partenaire leur délivre péniblement. Mari a son vieux et éprouve à ses côtés les bienfaits de l’orgasme. Encore une fois, l’auteure est plaisante à lire, sa manière de traiter l’association lolicon-bandage est intelligente mais de sensations, il n’y en a point. Ceci n’est que l’avis d’une lectrice lambda qui a encore beaucoup à apprendre donc n’a de valeur que ce que vous lui accordez. En vous souhaitant une bonne lecture quand même!

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