MOONFLEET

de John Meade Falkner

20 mars 2013 - 2 commentaires

MOONFLEET (couverture)

La publication des critiques ne suit pas mes lectures. Après Une femme simple et honnête de Robert Goolrick, une envie folle de me plonger dans un bon classique du XIX m’a saisie. C’est ainsi qu’en fouillant dans ma modeste bibliothèque je suis tombée sur Moonfleet… qui a pris la poussière depuis 14 ans. Les pages ont pris cet éclat blanc-cassé/ jaune d’œuf. J’en ai découvert d’autres de ces acquisitions d’un autre temps, des histoires qui attendent sagement d’être lues. La véritable surprise en cette énième nuit d’insomnie a été de trouver un bouquin acheté il y a plus de 30 ans! Après un  » ah! oui quand même, faut vraiment que je consulte un spécialiste là », j’ai entamé le J.M. Falkner et me suis commandée une bonne petite dizaine de livres le lendemain. J’avoue avoir un faible pour  ce genre littéraire. Moonfleet m’a comblée alors que L’Île au trésor que j’ai lu pour la cinquième fois, histoire de pouvoir comparer les deux car il y a des similitudes, m’ennuie encore et toujours.

L’aventure de John Trenchard, un orphelin de 15 ans élevé par une tante bigote, commence un soir d’automne de l’année 1757 dans le village de Moonfleet du comté de Dorset dans le Dorchester. C’est un petit village de pêcheurs, baigné dans la brume, secoué par de violentes rafales de vent quand il n’est pas noyé par une mer déchainée. Un petit village dont on abat les maisons dans un état de délabrement avancé, entouré d’un marécage salé et d’un lac d’eau saumâtre. Un pays rude, pauvre, éloigné de tout où les distractions se résument à boire un coup de lait d’Ararat et jouer au trictrac au Pourquoi pas, l’auberge tenue par Elzevir Brock. C’est une première pour John qui sous la protection de maître Ratsey ancien maçon, pêcheur et sacristain à ses heures, est tout à sa joie de connaître enfin l’intérieur de cette taverne. La fréquentation d’une auberge est le passage de l’enfance à l’âge adulte, du moins est-ce la raison avancée par Ratsey lorsqu’ il remarque la mine renfrognée d’Elzevir.  Comme tous les hommes du pays, Elzevir est plutôt taciturne, avare en paroles, d’un abord peu accommodant, endeuillé par la mort récente de son unique fils. De cette première rencontre naîtra entre le vieil homme et le jeune homme, des liens qui dépasseront le cadre de l’amitié. Les revers de l’existence les uniront plus surement que les liens du sang.

Derrière ces ruines, le village de Moonfleet a une histoire riche et traîne de drôles de légendes. Il fut un temps où la prospérité régnait lorsque toutes les terres appartenaient aux Mohune dont on aperçoit l’emblème, cet Y ou pairle sur les rares bâtisses qui ont traversé le temps sans dégâts. Son délabrement est lié par l’infamie qui a frappé cette famille. Un certain colonel John Mohune, nommé gouverneur du château de Carisbrooke où était détenu le roi Charles Ier, s’empare de l’énorme diamant royal et arrête ce dernier au moment de sa fuite. Honni par toutes les factions politiques de l’époque, il rentre sur ses terres où il mourût misérable, emportant avec lui le secret de sa cachette.

Moonfleet c’est aussi la légende de Barbe Noire que l’on aperçoit la nuit, dans le cimetière, sa lanterne allumée en train de chercher son trésor perdu. D’ailleurs, il arrive que pendant la messe, des bruits étranges venant de la crypte des Mohune remontent jusqu’en haut. La rumeur d’un fantôme hantant les lieux sert à dessin les smugglers, ces contrebandiers qui bravent les intempéries pour s’approvisionner en alcool. Leur petite entreprise s’en trouve fortement compromis depuis l’arrivée du juge Maskew, homme antipathique mû apparemment par le désir de faire appliquer la loi si ce n’est par la joie intense qu’il éprouve à infliger, de par sa fonction, une certaine cruauté envers ces petites gens qu’il méprise.

La supériorité de Moonfleet face à L’Île au trésor saute aux yeux. Il y a une maturité, un esprit de concision dans ce monologue. On découvre au fil du récit non seulement l’histoire extraordinaire d’une amitié indéfectible qui aura des conséquences graves pour ces deux personnages mais aussi la lente maturation d’un jeune garçon en un homme responsable et respectable. La description des paysages, l’analyse des caractères humains, l’aventure en elle-même ont ce goût de réalité ou plutôt gardent en eux une certaine vraisemblance. Un récit intimiste écrit avec beaucoup de psychologie. Sous ses airs de livre destiné aux enfants, cette belle leçon de vie s’adresse à un public mature. A mon sens. Alors que celui de Stevenson, quoique lu et relu, m’a toujours semblé gnangnan et raté. Le véritable héros de cet équipage est Long John Silver, seul personnage que l’auteur développe un peu. La complexité de son caractère noie les autres et les fait passer pour des benêts.

Je recommande vivement la lecture de Moonfleet qui a l’effet d’un bon bol d’air frais. Et en plus c’est superbement écrit ce qui ne gâche rien. Excellente pioche.

 

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§ 2 Responses to MOONFLEET"

  • Christiane Dornhoefer dit :

    Voici un bol d’air qui me ferait du bien. Je reviens de Charleston SC. Je lis le 3ieme et dernier volume de Jeffrey Eugenides, un nouvel auteur Americain je pense qui vous plairait! Je suis a la recherche de 3 livres que jacqueline m’amenerait, en Aout. On va se rencontrer dans le wild Wyoming!
    Je retrouve votre site avec un grand plaisir.
    J’espere que vous allez bien et a bientot pour une lettre.

    • Bienvenue à vous chère amie!
      Avant de m’atteler à la loooongue lettre qui vous sera destinée, les livres dont Jacqueline vous a parlé sont édités chez Gallmeister. Il s’agit de l’auteur David Vann. Leur site: http://www.gallmeister.fr.
      Quant à Eugenides, Virgin suicide et Middlesex (lu dans le texte à l’époque) m’avaient laissé un bon souvenir. Très bon. J’ai entendu parlé de sa dernière cuvée et j’ai hésité car nombre de mes récentes lectures m’ont déçues. Et pourtant je n’ai consulté que les blogs/pages de critiques professionnels! Je m’enquiers de ce pas sur ce dernier Eugenides.
      Si vous avez un peu de temps devant vous, consultez ces deux maisons: les éditions Anne d’Hercourt et Decrescenzo éditeurs. Je vous en parlerai en long, en large et en travers dans mon mail. Et j’espère que mon argumentation vous ralliera à l’excellente opinion que je leur porte.
      A bientôt.

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