OKLAHOMA BOY

de Thomas Gilbert

29 octobre 2013 - 0 commentaires

OKLAHOMA BOY (couverture)

Oklahoma Boy est l’histoire d’une foi mise à rude épreuve et d’une improbable rédemption.

Oklahoma est fils unique. Né peu avant la fin du XIX siècle en plein Bible Belt, il est élevé par un père rigoriste, fervent pratiquant, stricte avec les commandements divins et les siens propres qui frisent la maladie mentale. La Bible Belt ou la ceinture de la Bible désigne les états qui vivent dans un protestantisme rigoriste. En gros, les questions de politique et de société sont traitées avec une certaine partialité assumée; l’homosexualité, l’avortement, la théorie de l’évolution et tutti quanti, même dans leurs pires cauchemars, ils n’existent pas à l’état de concept. C’est des conservateurs purs et durs.

Oklahoma grandit sous le regard vigilant d’un père soucieux de lui ouvrir la voie vers l’éternité. Il lui inculque par la force les seuls préceptes à suivre pour obtenir une place de choix dans le royaume de Dieu. Obtus, sévère, pieux jusqu’au délire, la fragilité et la sincère affection que Oklahoma porte à son prochain échappent à sa vigilance. Bon fils, obéissant, peu enclin à remettre en cause le laïus paternel, la curiosité ou la suspicion ou juste l’occasion que l’on ne rate pas font valser toutes ses certitudes. La vie peu enviable de ses copains dans ce bled paumé, les circonstances de la mort de sa mère, échapper de justesse à un coup de tisonnier ne lui ôtent pas sa foi en un Dieu puissant, omniprésent, omnipotent, capable aussi bien de châtier comme de récompenser ses meilleures brebis. Puis la grande guerre passe par là. Par patriotisme, par son envie d’appartenir à une nation qui défend les valeurs de la liberté, il est l’aumônier qui soulage les souffrances de l’âme jusqu’à ce que la réalité le rattrape; il s’engage dans une unité d’assaut et donne libre cours à ses pulsions destructrices, ses rares repères se désintégrant devant la sauvagerie de la boucherie. Puis c’est le retour, New York, Brookline. Mutilé, pourchassé par les souvenirs de guerre, des voix malveillantes trottant dans la tête, des ombres inquiétantes partout, pour Oklahoma la guerre n’a jamais pris fin. En ces années 20/30, son combat contre la monstruosité de l’âme humaine continue.

Au delà du sentiment anti-américain qui flotte tout au long de ce triptyque, il est difficile d’éprouver de la haine ou de la compassion pour Oklahoma. C’est un pauvre gars qui nait dans une famille de frappadingues terrorisés par les Écritures, un brave gars qui ne peut se détacher d’une éducation où les seules récompenses de son action sur Terre est soit la promesse d’une éternelle damnation soit une place de choix auprès du Seigneur au prix de grandes souffrances et de renoncements. Pas le genre d’éducation qui fabrique des êtres sains de corps et d’esprit. L’histoire de cet homme incapable de se dépêtrer de l’héritage familial, social, est d’une rare beauté. Il y a de la poésie dans ce récit de damné incapable de s’adapter à son milieu. Le rythme est serré toujours prêt à l’explosion. On s’y attend à chaque page que ça pète dans tous les sens et pourtant Thomas Gilbert choisit de maintenir toute cette colère, cette noirceur sous contrôle. Et ça, c’est une réussite totale. L’intensité dramatique, la violence borgne et stupide, le désarroi du héros, sont maîtrisés. Dire que sans la maison d’éditions Vide Cocagne nous n’aurions jamais eu le fin mot de cette tragédie humaine! Grâce à elle, nous avons enfin l’intégral des aventures de Oklahoma Boy. Une playlist accompagne la création de ces chapitres et à part… Joy Division, Billie Holiday et Tom Waits, les autres sont des inconnus au bataillon. Et cette palette de couleurs qui ravit les mirettes! A découvrir et à déguster lentement.

Quant à ma playlist:

The Life Acoustic de Everlast – Dead Can Dance, In concert – I Megaphone de Imogen Heap. Et toutes les versions de Heros de David Bowie en ma possession et l’incroyable et impressionnante interprétation de Arno et Beverly Jo Scott de Jean Baltazaarrr/Space Oddity sortie chez Naïve dans la collection dirigée par Béatrice Ardisson, « Bowie mania ».

 

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