UNE FEMME SIMPLE ET HONNETE

de Robert Goolrick

25 février 2013 - 0 commentaires

UNE FEMME SIMPLE ET HONNETE (couverture)

Avant l’ère de l’internet, Meetic et autres, il était tout aussi facile de se commander une paire de bottes que de s’acheter une femme. Une simple annonce publiée dans un journal puis une réponse en forme de lettre accompagnée d’une photographie.

« Il est des choses auxquelles on échappe pas, pensa-t-il. Mais contre la plupart d’entre elles on ne peut rien, et le froid en fait partie. On n’échappe pas à ce qui est écrit pour nous, surtout au pire. La perte de l’amour. La déception. Le fouet aveugle de la tragédie ».

Ralph Truitt, 54 ans, notable et seul employeur de toute la petite ville, en est là dans ses réflexions. Lettre et photographie au chaud dans sa poche, il attend dans le froid sa future femme. A la fois craint et respecté, c’est un homme peu porté sur les effusions sentimentales. Veuf depuis vingt ans, il espère beaucoup de cette union. Déjà mettre un terme à ses tortures psychologiques et physiques. Les désirs de la chair le travaillent toujours alors qu’il les avait banni de son existence en se jetant à corps perdu dans les affaires familiales. Sur un quai de gare dans un Wisconsin prisonnier du froid, il patiente, l’esprit libre de vagabonder où bon lui semble.

Dans le train, Catherine Land, sa promise affairée à jeter par la fenêtre ses vêtements luxueux. A 34 ans, après que son missionnaire de père l’ait laissée sans un sou, elle est bien décidée à tordre le bras du destin. Une future riche veuve qui ne vivrait que d’amour, voilà son plan. Et pour le coup de pouce, une jolie petite fiole bleue. Pour l’instant, l’important est de ressembler au portrait qu’elle a fait d’elle-même depuis Chicago: être une  femme simple et honnête.

Leur première rencontre débute mal: la femme qui se présente n’a rien en commun avec celle, plus fade, de la photographie,  un détail que Catherine Land règle au plus vite. Le mariage aura lieu après que chacun est levé un  voile sur leur passé et avoué le but de cette union.

Si Catherine Land n’est ni simple ni honnête, Ralph Truitt est loin d’être un anti-romantique mû que par des motivations  pratiques. Quoique… Chacun s’enferme dans le personnage qu’il s’est créé, ruminant leurs projets, les nourrissant des blessures passées, s’accrochant à toute explication permettant de les absoudre de leurs futurs agissements. Catherine Land est-elle vraiment la femme froide et calculatrice qu’elle incarne? Ralph Truitt, est-il cet homme esseulé, fragile, bon, blessé par la vie que tous croient?

C’est un roman d’amour de facture classique comme les Jane Austen, les œuvres des sœurs Brontë et autres sans  l’écriture surannée, les tournures de phrases tarabiscotées qui gardent, à mon sens, un charme fou! Deux êtres qu’apparemment tout sépare si ce n’est l’envie folle de réparer le vilain tour que leur destin a pris.

La prose de Robert Goolrick allège les thèmes abordés. Derrière cette histoire d’amour que l’on rangerait directement dans la collection Harlequin ( ni voyez rien de péjoratif, nombreux seraient les auteurs du XIX siècle  que l’on classerait dans cette catégorie), c’est une réflexion plutôt triste sur la vie qu’il nous donne à lire.

Dans cette région désolée, lugubre, touchée par de longs hivers rigoureux, isolée de tous les charmes étourdissants que procurent la ville, la folie, le meurtre font bon ménage avec la religion. Robert Goolrick, à travers les aventures de ce couple atypique, analyse les dérèglements mentaux qui s’abattent sur le commun des mortels; sur les souvenirs que notre mémoire fabrique, les haines, les remords qui en découlent;  sur les causes et conséquences de toutes nos décisions et démonte le mécanisme, même légèrement, de notre propre mythomanie, celle que l’on bâtit patiemment pour se justifier. Du Wisconsin aux bouges de la Nouvelle Orleans en passant par Chicago, toute une faune interlope rongée par la misère, prend vie sous la plume de Robert Goolrick.

L’idée géniale de l’auteur est d’illustrer à travers ce roman d’amour que les décisions humaines ne se font que sous la peur. Au sens vaste du mot. Tous les personnages, quelques soient les raisons avancées, n’agissent que par et à cause de la peur. Rien d’autre. Au pied du mur, le chaton se transforme en tigre.  Ô, oui, tous ploient sous son joug, ici comme dans la vie.

J’avoue qu’à la vue de la couverture, je ne l’aurais jamais acheté. C’est le nom de l’auteur qui résonnait en moi. Je  le connaissais mais d’où? Féroces , cette histoire particulièrement horrible tirée de son enfance m’avait emballée. On retrouve ici la simplicité de sa narration. Les pages tournent facilement et sans s’en rendre compte, voilà que vous avez rempli votre après-midi agréablement. Le livre vaut ce qu’il vaut: un bon divertissement. Un joli conte qui n’a rien à envier à ceux de Charles Perrault, Andersen, etc.

 

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