WILDERNESS

de Lance Weller

1 août 2013 - 0 commentaires

WILDERNESS (couverture)

Un premier livre d’un tout jeune écrivain aux qualités littéraires très prometteuses.

Wilderness ou nature sauvage en français porte bien son nom car de sauvagerie il en sera question tout au long de ce récit à travers le portrait d’un vieil homme à moitié infirme qui endure depuis des années une souffrance verte, verte bouteille lorsque la douleur devient vive, pénétrante, tranchant tout son être jusqu’à le laisser exsangue. Consumé de l’intérieur par ses souvenirs, Abel Truman décide d’entreprendre un pèlerinage accompagné de son chien. Puisque la mer le rejette, il ne lui reste plus qu’une chose à accomplir: trouver la paix au milieu de cet océan de cauchemars, d’actes manqués, de regrets. Et des regrets, il en a à revendre.

Abel Truman, nom prophétique à souhait, s’inscrit dans la légende des heroic bloodshed, terme inventé par l’éditeur Rick Baker dans le magazine Eastern Heroes en se référant à un genre de cinéma d’action hongkongais tournant autour de scènes d’action stylisées, de thèmes dramatiques tels que la fraternité, l’honneur, le devoir, la rédemption et la violence (source wikipédia). Du style, Mr. Weller en a indubitablement car vous avez rarement lu des pages sur la guerre écrites avec autant de sensualité. De la volupté dans une histoire avec pour thématique la guerre? Et en plus celle de Sécession? Eh bien, oui! car toute la différence réside dans la qualité de la prose même si parfois on perd le fil de l’instant T souvent dû à l’imagination grandiloquente de l’auteur, il n’en reste pas moins que cette histoire de rédemption aux accents biblicaux est prenante.

Trois années s’imposent dans l’histoire d’Abel Truman: 1965, 1889 et 1864, la première et la seconde années faisant office de parenthèses. Les plus importantes sont les deux dernières, charnières de son épopée.

Nous sommes en 1889, au nord-ouest de l’océan Pacifique, à la Crique de l’Homme Brisé. Une cabane de bois flotté adossée à la forêt avec vue sur la mer, un vieil homme perclus de douleurs crache son sang après de longues quintes de toux. Un vieux chien fidèle à ses côtés. Des souvenirs insoutenables le visitent. Un enfant aux lèvres bleutées qu’on laisse tomber. Une femme adorée emportée par la folie après l’accident. Une maison familiale que l’on brûle pour chasser cet affreux moment où tout son univers s’écroule. Non, la purification n’aura pas lieu. L’Histoire le rattrapera.

L’Histoire se résume à la bataille de la Wilderness, une guerre fratricide, une boucherie qui sous la plume de Lance Weller se transforme en une macabre chorégraphie joliment orchestrée. C’était en 1864, en Virginie, en plein enfer vert que les Sudistes seront massacrés par les Yankees en surnombre et mieux organisés. De l’absurdité de la bataille, de la folie des hommes, du désespoir, Abel Truman a eu son compte alors lorsque deux trous du cul, bas de plafond, viscéralement abrutis, mauvais, car ils en ont toutes les qualités, prennent son unique bien, son chien, pour le faire participer à des combats, cet homme torturé par la vie, décide de livrer un dernier combat.

Ayant tout perdu, jusqu’à lui-même, la mort n’a pas de secret. Il l’a vue, l’a côtoyée, elle est son éternel présent, son cauchemar car il est l’unique survivant de sa propre histoire. Abel Truman est une légende. On connait son histoire à ce taiseux. Les anciens le respectent. D’aucun oserait remettre en question son authenticité en tant qu’homme, homme de légende, le survivant d’une grande bataille qui le dépassait, une bataille qui n’a réglé en rien les problèmes sociétaux vingt-cinq ans après. Au mauvais endroit au mauvais moment, dans le mauvais camp avec pour seuls compagnons des souvenirs de champs de ruines et son chien. Le seul être qui le relie encore au monde des vivants, un animal qui pallie au manque et lui permet de conserver son indéniable humanité. Ces passages concernant cette relation entre l’homme, l’animal et la nature sont d’une rare beauté.

La langue est fine, travaillée presque trop à certains moments, il n’en reste pas moins que cette histoire sur la fraternité, la fidélité, le respect, le devoir, l’éthique et la rédemption se lit avec plaisir. Le personnage principal est remarquablement maîtrisé. Un auteur à découvrir.

 

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