LA COTE 400

de Sophie Divry

3 septembre 2013 - 0 commentaires

LA COTE 400 (couverture)

Cinquante ans de nuances de gris racontés tambour battant pendant à peine 94 pages: interlude sympathique

L’héroïne de ce monologue n’est pas qu’une Bovary en puissance, non, non, non et non, elle est bibliothécaire dans une petite ville de province, confinée au sous-sol, rayon géographie et de l’urbanisme et tout ce qu’on n’a pas pu classer avant  où personne ne se rend. La cote 900 d’après le système de Dewey, le Mendeleïev des bibliothécaires. Une anonyme, une transparente, une qui compte pour du beurre, une qui classe, range inlassablement, apporte son propre café qu’elle  prépare trop fort pour ne pas avoir à le partager avec ces nantis d’en-haut, oh! la, la, qu’est-ce qu’elle s’investit dans sa tâche. Sauf avec les architectes à qui elle voue une haine farouche surtout celui qui a conçu ce sous-sol étouffant m’a définitivement et arbitrairement condamnée au cachot. Aucune pitié avec eux. Ni avec les autres car depuis vingt-cinq ans, l’expérience a porté ses fruits. Elle les a l’œil, bien dans sa ligne de mire, les petits vieux, les chômeurs, les désœuvrés, les élèves, les mono maniaques, les arracheurs de pages, les annotateurs fous, les réfugiés du chauffage électrique, elle les scanne tous, les répertorie et selon l’ humeur gâte ses visiteurs. Sauf Martin-à-la-nuque-parfaite, l’objet de toute son attention. L’homme presque parfait, son bol d’air frais parmi tous ces parasites.

Je me sens la ligne Maginot de la lecture publique, notre anonyme héroïne, confiera 50 ans de frustrations à un pauvre lecteur qui a passé sa nuit dans son sous-sol. Durant deux heures, il écoutera, résigné, la confession d’une never-been dont les perspectives de carrière se sont envolées. Après avoir tiré un trait sur tout le reste, seule la compagnie des livres attendrit encore cette aigrie déçue, amère et irritable.

Un texte en un seul bloc sans reprise de souffle. Deux heures passent vite et elle en a gros sur la patate donc elle déverse toute sa bile. C’est drôle, touchant, pertinent. Plus jamais vous ne regarderez une bibliothécaire de la même manière après cette lecture. La cote 400 est une comédie réussie. C’est assez rare pour le souligner.

Je remercie mon amie Christiane qui me l’avait conseillée.

 

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