LA LISTE DE MES ENVIES

de Grégoire Delacourt

20 avril 2012 - 1 commentaire

LA LISTE DE MES ENVIES (couverture)

Jocelyne, 47 ans, tient une mercerie à Arras, anime les dixdoigtsdor un blog dédié à la couture, tricot et broderie où des milliers d’Iseult se loggent, aime depuis vingt et un ans Jocelyn ouvrier chez Häagen-Dazs, et est mère de trois enfants: « un garçon, une fille et un cadavre ». Jocelyne a pris la vie comme elle lui venait lui trouvant de la beauté là où il n’y en a pas. Ses rêves de styliste se sont envolés à dix-sept ans, à la mort de sa mère. Un an après, à la suite de l’AVC de son père qui ne lui laissera plus que six minutes de mémoire avant de remettre le compteur à zéro, elle travaille dans cette mercerie qui deviendra la sienne, deux ans plus tard. Jocelyn? elle s’est offerte à lui car il la trouvait belle, compliment qu’il n’a plus dit lorsqu’elle s’est transformée en « une sorte de femme enceinte vide, un ballon rempli de rien. Une bulle d’air ». Ses enfants? Partis. Son livre préféré? Belle du seigneur qu’elle lit et relit avec plaisir. Ses amies? Les jumelles du salon Coiff’Esthétique à deux pas de sa boutique qui sans le savoir bouleverseront la vie de leur copine. Jocelyne aime sa petite vie, les petits plaisirs, les petites attentions, ces petits moments de joie éclair, elle les embellit, les chérit parce qu’avec un tel départ dans la vie, si elle ne croyait pas en elle, en la vie, il ne reste plus que la corde pour se pendre. Non, elle n’est pas stupide, au contraire elle est d’une lucidité effrayante mais elle rêve en technicolor. Enfant choyé, elle offre son amour à son petit monde, tellement occupée à aider les autres qu’elle s’oublie, considère chaque petite marque d’affections comme un joyau et entend bien continuer sa vie ainsi jusqu’à ce que les jumelles la forcent à jouer à l’euro millions. Dix-huit patates et des brouettes lui tombent dessus avec un simple flash!? Elle retire le chèque, le planque sous la semelle intérieure d’une vieille chaussure dans l’armoire-penderie celui avec le miroir qui risque de se casser la gueule si son Jo ne la fixe pas bientôt au mur. Ce miroir devant lequel elle se plante et se met à rêver qu’elle est belle. Le chèque caché, elle réfléchit à sa vie, à ses hasards puis dresse trois listes: celle de ses besoins, de ses envies et enfin de ses folies. Une petite trahison, une mesquinerie aura raison de cet être généreux, altruiste.

Je ne sais pas si on doit considérer ce livre comme étant de la littérature populaire, réaliste ou opportuniste mais son succès, au vue des ventes, ne se dément pas au grand dam de jaloux ( peut-être?). C’est certainement un roman-miroir, nombreux sont ceux qui se reconnaîtront en Jocelyne Guerbette avec ses petits accommodements avec la réalité, ses petits mensonges qui la colorient autrement, ses renoncements, ses ambitions modestes. Quelque soit notre statu social, nous lui ressemblons un peu, beaucoup, totalement ou nous lui avons ressemblé à un moment donné. La raison de cet engouement réside-t-il dans le fait que Grégoire Delacourt aie su mettre en mots une part cachée de notre existence et du coup nous toucher? Comme l’ont fait Balzac, Maupassant, Zola et autres auteurs du XIX siècle avant lui. Il se peut aussi que nous aimions les histoires tristes. Qu’importe ces considérations tant que les gens lisent, s’ouvrent au monde et qu’ils ressentent du plaisir pendant quelques pages. C’est un livre très court, facile à lire, à apprécier, au style fluide, limpide sans être renversant. Je ne sais pas ce qui vous est venu à l’esprit pendant ou après la lecture ou ce que cela vous a rappelé, en ce qui me concerne les tableaux de Edward Hopper se sont naturellement imposés à moi. Ainsi que Nina Simone ( Feeling good, To love somebody, Ain’t got no life, ect), Robbie Williams ( Angels) et l’immense Jacques Brel avec la plus fabuleuse des chansons jamais écrites : Ne me quitte pas! Elle résonne tout le long du livre. J’oublie les films de Tod Browning dont les personnages-monstres répugnants physiquement montrent plus d’humanité que les gens normaux. Cet avis n’engage que moi évidemment. En vous souhaitant une bonne lecture.

Tagged , , ,

§ One Response to LA LISTE DE MES ENVIES

  • fred dit :

    curieusement, mon entourage le lit avec un entrain que je n’ai que moyennement. Et pourtant, je n’ai rien à y redire. C’est super bien écrit, juste, vrai, avec une idée en tête qui fait sens… Grâce à toi, j’ai découvert Edward hoper et fais le lien avec plaisir mais sans surprise finalement. C’est, pour moi, un roman d’actualité amélioré très recommandable mais qui ne fera pas date parmi tes recommandations…
    un plaisir réel et simple à lire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Partagez cette critique

Ou suis-je ?

Vous êtes sur la critique LA LISTE DE MES ENVIES sur Immobile Trips.

meta

Achetez

Achetez ce livre sur amazon et soutenez l'équipe immobiletrips.com