LONESOME DOVE (2 tomes)

de Larry McMurtry

15 juillet 2013 - 1 commentaire

LONESOME DOVE (2 tomes) (couverture)

Une aventure humaine qui ravira les amoureux du western. Et ceux qui ignorent encore qu’ils pourraient y succomber! Ce n’est n’est pas un western, c’est Ze western, celui qu’on attendait tous.

L’intrigue tourne autour d’un convoi exceptionnel de bétail à travers les États-Unis, de la pointe sud du Texas brulant et poussiéreux à l’extrême nord du Montana. Plus de 2500 têtes plus les chevaux parcourront les 3000 miles qui les séparent de la bourgade desséchée de Lonesome Dove. Enfin bourgade est un bien grand nom à donner à cet enfer où les cow-boys s’échinent à creuser des puits sans jamais trouver d’eau, où les seules distractions se résument à dépenser son pécule en whisky, prostituées, et jeux. L’ennui, les journées épuisantes à manier la pioche pour rien, la chaleur accablante, la misère comme compagne amenuisent  les perspectives d’ un avenir rieur. La visite inopinée d’un ancien compagnon ranger chamboule une décennie de repos et de morosité réglée avec la précision d’un horloger.

Nous sommes dans les années 1880. Le pays est pacifié. La guerre de Sécession est finie, les indiens sont hors d’état de nuire, les immigrants affluent et il y a encore toutes ces terres à conquérir pour les plus braves d’entre eux. Justement, juste en dessous de la frontière canadienne, de vastes territoires inhabités sont à prendre. Et en plus, les chances d’enrichissement sont optimum pour peu que l’esprit pionnier ait encore un sens.

De la myriade de personnages, trois sortent du lot. Le capitaine Woodrow Call et Augustus McCrae, deux anciens Texas rangers légendaires. Le capitaine Call est l’archétype du pionnier américain, profondément convaincu que le salut de l’âme est dans le travail, puritain assumé, entêté jusqu’à l’absurde dans sa vision du devoir, un taiseux dont l’ascendance sur l’équipe est indiscutable. Augustus est l’opposé. Sa vie est plaisir. D’ailleurs sa principale joie est de souler ses quo-équipiers avec sa philosophie de la vie. Derrière cette bonhommie affichée et déroutante pour ces rustres illettrés, il se révèle être un fin analyste de l’âme humaine. Et enfin Newt, un garçon de 17 ans, un orphelin à la recherche de ses origines, qui n’a jamais connu autre chose que ce coin aride, le travail exténuant et qui rêve d’aventures.

Alors que les plus jeunes portent en eux l’idéal de conquête, les anciens abordent cette épopée comme un ultime sursaut avant la tombe.

Des dangers à affronter, il y en aura. Pas tant de leur congénères que de Dame Nature laquelle dénuée de pitié les poussera dans leurs derniers retranchements. Sur leur chemin, ils croiseront des indiens renégats, des êtres faméliques que la famine incitent au meurtre. Des bandits alcooliques sans foi ni loi particulièrement abrutis et sadiques. Des pionniers usés par la vie. Des prostituées abimées par une existence peu charitable. Des shérifs totalement dépassés par leur devoir. Des ermites ayant perdus la boule, des convoyeurs de bétails comme eux, des médecins qui soignent leur mal du pays en ingurgitant une effarante quantité d’alcool, des propriétaires de saloon qui s’immolent par amour. Des immigrants incapables de lire une carte… Dame Nature joue sur un tout autre registre: les dix plaies de l’Égypte. Elle n’épargne personne et causera la perte de bien d’entre eux.

Durant ce périple, alors que les éléments naturels se déchaînent, chaque protagoniste a rendez-vous avec lui-même. Chacun devra combattre au mieux de ses aptitudes ses propres démons, son passé, ses manquements, ses reniements, ses occasions perdues à jamais.

Non, personne est beau, fort, courageux ici. Il y a ceux qui doutent, ceux qui savent et se taisent, ceux qui se cherchent en vain, ceux qui regrettent de s’être embarquer dans cette galère, ceux anéantis par les épreuves, ceux qui refusent le désespoir et l’échec, ceux, ceux, ceux…. Lonesome Dove est ce que je qualifierai comme un livre-monde à la manière d’un Garcia-Marquez, d’un Tolkien et tant d’autres écrivains qui ont réussi à créer un univers bien à eux. Ici, seul Augustus comprend que le paysage a changé puisqu’il il y a largement contribué. L’idéal n’existe plus, ce n’est que chimère, une légende entretenue par des nostalgiques de l’ancien temps ou des innocents peu ou pas éduqués qui espèrent prendre part à l’édification de cette grande nation dont ils n’ont absolument pas l’ombre d’une idée même géographique, politique ou climatique.

Laissez tomber les westerns à la sauce John Wayne et rapprochez-vous plutôt de Lettres à ma fille de Calamity Jane ou mieux de l’excellente bd de messieurs Blanchin et Perrissin, Martha Jane Cannary publié chez Futuropolis pour l’ambiance.

De Larry McMurtry, j’avais englouti avec délectation La dernière séance et noyé ma déception avec sa suite hystérique Texasville que je n’ai pas compris, m’attendant à y retrouver ce délicieux sentiment de saudade qui parsemait le premier livre. Je ne fais aucun mystère sur mon attachement au genre western. J’ai grandi avec, m’en suis repue jusqu’à satiété et là, je (re)trouve une ambiance familière. Ce livre est une madeleine, superbement écrit, intelligemment composé, avec juste ce qu’il faut en rebondissements, en analyse psychologique, en personnages attachants et en humour.

Si vous avez succombé à La culasse de l’enfer de Tom Franklin ou Les frères sisters de Patrick deWitt voire, allez, on ose! Bouncer de Boucq/Jodorowsky, Lonesome Dove est carrément pour vous. Écrit simplement, admirablement mis en scène, ce pavé vous tiendra en haleine alors que vous êtes entrain de travailler durement à votre prochain cancer de la peau sur la plage. C’est prenant, addictif et se lit en à peine quatre jours.

Personnellement, j’ai adoré tant et plus que je me suis sentie orpheline après avoir tourné la dernière page. C’est la prose qui m’a subjuguée, la philosophie que ce livre véhicule… Est-ce exagéré de ma part d’y voir une approche bouddhiste dans ce western? J’en doute car dans la soirée, à force de travail comme quoi l’entêtement paie un moment, je me suis régalée pour la cinquième fois devant Printemps, Été, Automne, Hiver, Printemps de Kim Ki-duk. J’y ai trouvé des connections entre ce western et ce film coréen sur un point important: c’est l’attachement qui perd les hommes. Newt et Augustus sont de jolis contre-points au capitaine Call lequel est incapable de se remettre en cause une seule fois. Son obstination mène ses hommes à leur perte.

Pas de héros à proprement parler mais une page de l’histoire de l’ouest américain sauvage en plein déclin.

Et en accompagnement musical, je recommande vivement Yo-Yo Ma plays Ennio Morricone et Ibrahim Maalouf, trompettiste et pianiste libanais talentueux. Mettez Beyrouth sur votre platine en repeat et là, vous avez l’essence même du monde de Lonesome Dove. Ibrahim Maalouf est ma dernière toquade, un pur régal pour l’esprit. Cette rencontre avec ce livre fut pour moi un moment privilégié, un régal que ne saurait surpasser mon amour pour les macarons Hermé. Non, je déconne, les trois ensemble sont largement suffisants pour jouir d’un instant de bonheur incroyable. Ah! je n’aurais pas dit non à une petite bouteille de champagne Drapier pour bien terminer la soirée… Ouais, l’abus de tout plein truc plaisant est dangereux pour la santé. Y parait, chais pas car je compte bien cramer ma vie par les deux bouts. En tout cas, c’est bien parti et je remercie les éditions Gallmeister d’avoir eu l’excellente idée d’avoir traduit ce petit truc de rien du tout qui a obtenu le prix Pulitzer en 1986 et dont les télévisions américaines se sont emparées pour en faire une série. Pour ce, consulter le site IMDb, histoire d’en savoir plus.

En vous souhaitant une excellente lecture en compagnie de Gus, du capitaine, Newt et les autres. C’est grandiose, vraiment.

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§ One Response to LONESOME DOVE (2 tomes)

  • Christiane Dornhoefer dit :

    C’est très drôle, mais Lonesome Dove a été le roman préféré de ma fille Sabrina! Et elle m’a suppliée de le lire! Et j’ai essaye, essaye, je ne suis pas arrivée a passer le tiers et elle me suppliait de continuer, continuer. Je n’ai jamais pu mais bien sur ce n’est pas trop tard pour ré-essayer. En tout cas je vais lui dire qu’une lectrice que je respecte énormément partage son enthousiasme! Elle en sera très heureuse.
    Bisous,
    Christiane

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