LE FILS DU VENT

de Henning Mankell

20 mars 2012 - 4 commentaires

LE FILS DU VENT (couverture)

XIXième siècle, en Suède, Hans Bengler, abandonnant ses études universitaires et toutes prétentions de carrière médicale, se tourne vers l’entomologie. Les insectes pullulent et il y doit bien en exister un qui ne soit pas encore répertorié, un qui pourrait le rendre célèbre. Et surtout riche.

Décidé à réaliser son rêve, après quelques tergiversations, son choix s’arrête sur le désert de Kalahari, région encore peu connue et mal documentée. Qu’importe tout cela, il finance son expédition en revendant l’argenterie familiale, une avance sur le maigre héritage que son vieux père syphilitique n’a pas encore dilapidé.

Après une interminable traversée, le voilà au Cap, symbole de sa future renommée. Face à l’étonnement et l’incompréhension que suscite sa démarche auprès de ses compatriotes, il s’entête, finit par dénicher son insecte et un petit garçon, enfermé dans une cage, le seul rescapé d’une chasse à l’homme. Sa collection terminée, il rentre avec Daniel, son fils adoptif à qui il souhaite offrir une meilleure existence, une vie plus civilisée loin de la barbarie.

Le retour au pays ne se passe pas comme prévu. Inquiet et redoutant la pauvreté, il s’engage à donner une série de conférences dans tout le pays, exposant ses insectes et Daniel. Lors d’une représentation, il rencontre Ina Myrén, célibataire, modiste, correspondante pour un grand quotidien national. L’entrevue tourne court et force Hans Bengler à fuir la justice de son pays. Dans sa cavale, il abandonne Daniel aux bons soins d’un couple de fermiers contre un rémunération puis disparaît.

Daniel/Molo, enfant silencieux, brutalement arraché à sa terre, se tourne vers son monde intérieur, s’envole vers un monde peuplé de souvenirs d’antan, de rêves tout en s’efforçant de plaire à Père qu’il devine angoissé et craintif. Enfant docile, respectueux des règles sociales, reconnaissant des bienfaits qu’on lui prodigue, il n’en décide pas moins d’apprendre à marcher sur l’eau; il doit rejoindre le désert, continuer l’œuvre de Kiko (son père), se rapprocher de Be ( sa mère). Objet de surprises ou de répulsions, mutique, mû par le besoin impérieux de retourner chez lui, guidé par ses rêves, trouvera-t-il en Sanna, une jeune simple d’esprit, l’alliée indispensable pour le stratagème qu’il élabore, toutes les nuits, sur cette terre si loin de la mer?

Le couple père/fils dans ce livre rappelle celui de David Vann dans Sukkwan Island. S’il est facile de détester celui de David Vann, celui de Henning Mankell est à notre image, un être très politiquement correct au final. Hans Bengler, produit d’une certaine éducation/instruction, digne représentant d’une certaine société, infatué par l’idée qu’il se fait de lui-même est incapable de comprendre que son action est non seulement stupide mais dangereuse. Aucune empathie pour autrui, totalement égoïste et égocentrique, sans réelle épaisseur, il agit par sensiblerie jamais par sensibilité. Son ignorance crasse de la nature humaine, sa vanité le poussent  à agir en dépit du bon sens. Sa lâcheté naturelle ne l’aide pas. Difficile de lui trouver des excuses quand l’auteur s’acharne à le démolir car même aux yeux d’êtres hautement antipathiques, il parvient à le diminuer, le rendant ridicule, minuscule devant ces hommes qui ont tant vécu, ces hommes qui n’ont plus aucune illusion sur la nature humaine et encore moins sur les bons sentiments de Hans Bengler.

 

LE FILS DU VENT aborde les thèmes du déracinement, des difficultés d’adaptation en terre étrangère, les différences culturelles impossibles à combler/à réduire, la religion, la peur de l’autre, les balbutiements scientifiques sur le classement des races. Le ton dépassionné sert plutôt bien cette histoire. On ne ressent pas cette colère qui est montée en soi à la lecture de Sukkwan Island. Henning Mankell se positionne plus comme un historien-philosophe, il dissèque une certaine société pétrie de bonnes intentions, pas forcément méchante mais prisonnière d’un mode de pensée,  en la personne de cet entomologiste et se fait l’avocat pour le droit et le respect à vivre le monde différemment. L’écriture m’a plu. Elle est limpide, directe. C’est un très bon conteur. Bonne pioche.

Tagged , , , , , , ,

§ 4 Responses to LE FILS DU VENT"

  • Simon dit :

    J’ai lu toute la série de ses romans policiers avec Wallander (mais j’ai laissé tomber quand la fillle prend le relais du père). Je l’ai intellectualisé comme une sorte de Simenon suédois, un bon auteur légèrement mélancolique, capable de donner vie à des personnages ordinaires et de les rendre délicieusement uniques et généralement déprimants.

    • Je t’avoue que les aventures de Wallander me sont inconnues, le genre policier/roman noir/thriller me destabilise. J’ai facilement peur donc j’évite d’en lire. Mais j’ai essayé de me plonger dans la série de Arnaldur Indridason…très bien écrite mais le personnage est tellement glauque! Le côté border line suicidaire associé à des descriptions incroyablement tristes des paysages, ça déteint sur l’humeur. Déjà que LES CHAUSSURES ITALIENNES et LE FILS DU VENT de Mankell ne respirent pas la joie de vivre, les aventures de Wallander ne sont pas pour tout de suite. D’un autre côté, sa ferve est plaisante, je pourrais me laisser tenter. Dés que l’été arrive. Promis.

  • Simon dit :

    La série des Wallander est beaucoup moins glauque que Arnaldur Indridason… La cité des Jarres, c’est bien écrit, c’est à se flinguer. Les Wallander sont plus amusants… non, ce n’est pas le mot du tout… sont plus policiers : le récit est activement centré sur l’enquête, et ce n’est que par de petits débordements que le désespoir du personnage principal fait irruption.

  • La Cité des Jarres a été très plébicité aussi bien par les critiques officiels que par le public et étrangement, La Femme en Vert du même auteur est mon préféré. Il y a une dimension humaine d’une rare intensité dans ce livre. J’ai lâché l’affaire avec La Voix; Hiver Arctique et Hypothermie m’ont définitivement détourné de l’auteur. Je les ai trouvé chiants et insipides.
    Cet été peut-être, je ferai une incursion chez Wallander. On y arrivera à me faire des policiers?!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Partagez cette critique

Ou suis-je ?

Vous êtes sur la critique LE FILS DU VENT sur Immobile Trips.

meta

Achetez

Achetez ce livre sur amazon et soutenez l'équipe immobiletrips.com