CIBLE MOUVANTE

de Ross MacDonald

18 mars 2013 - 0 commentaires

CIBLE MOUVANTE (couverture)

En 2012, les éditions Gallmeister, sous la houlette de Jacques Mailhos, se lancent dans un immense chantier: traduire la série des Lew Archer, personnage créé par Ross Macdonald, auteur américano-canadien de son vrai nom Kenneth Millar.

Lew Archer apparait pour la première fois dans Find the woman, une nouvelle parue en 1946. A partir de 1949, il sera le héros de 18 romans et de quelques nouvelles. Son nom est un hommage à Dashiell Hammett, Miles Archer étant le collègue de Sam Spade assassiné dans Le Faucon Maltais et à Lew Wallace, l’auteur de Ben-Hur.

Lew Archer rebaptisé Lew Harper sera incarné par deux fois par Paul Newman: en 1966 dans Détective Privé de Jack Smith et en 1975 dans La Toile d’araignée de Stuart Rosenberg.

Lew Archer est un détective privé spécialisé dans les divorces. Ironique, fin observateur de la nature et condition humaines, sans illusions sur le monde, il hésite rarement à partager ses vues sur un sujet sans s’embarrasser de leur éventuelle susceptibilité. Un privé pur jus avec un parfum « vintage » très agréable. J’ai ressenti une immense joie à me délecter du plaisir simple que cette lecture m’a procurée. Tout est bon dans ce petit trésor hardboiled. Gardez en tête le fameux  » oldies but goodies » lorsque vous le lirez.

Cible mouvante est l’histoire d’une disparition, volontaire ou forcée. Lew Archer débarque chez les Sampson, une famille richissime et dysfonctionnelle qui tire sa fortune des gisements de pétrole texan. Ralph Sampson, magnat du pétrole, de retour de Las Vegas, disparait à son arrivée à Burbank, L.A. sous les yeux de son pilote privé, Alan Taggert, employé de la maison corvéable à souhait. Évolue dans cette maison sinistre, Elaine, l’épouse handicapée qui, chaque jour, parfait le bronzage de ce corps ridé ou tanné par de longues expositions au soleil californien. La perte de l’usage de ses jambes ne l’empêche aucunement de garder la tête sur les épaules: elle est bien décidée à retrouver son mari, non par amour, mais parce qu’elle souhaite ardemment lui survivre et décrocher le pactole. Et surtout lui mettre la main dessus avant qu’il ne commette une de ses folies quand il a un verre de trop dans le nez. L’alcool le rend si ce n’est sentimental au moins généreux. Sa dernière cuite a coûté à la famille une colline entière donnée à Claude, un vieil hirsute adorateur du culte de Mirtha. Il y a Miranda, vingt ans, fille d’un premier mariage prise dans un triangle amoureux; elle poursuit ce pauvre Alan qui n’en demande pas tant alors que Albert Graves, l’avocat de la famille lui est dévoué corps et âmes. Albert Graves, ex-district attorney crevant la dalle reconverti avocat, est une vieille connaissance de Lew Archer et son meilleur allié dans cette affaire. L’enquête mènera Archer à fréquenter toute une faune à la dérive. Fay Estabrook, une ancienne actrice alcoolique à la dérive reconvertie dans l’astrologie. Betty Fraley, pianiste talentueuse qui joue dans un nightclub miteux. Troy, un anglais, propriétaire du Wild Piano, qui sous ses airs affables n’hésite pas une seconde à profiter de la détresse des gens.

Des quartiers nantis aux boîtes de jazz miteuses, en passant par ces jeunes gens oisifs qui taquinent la mort en roulant trop vite à la petite fille vendue pour un dollar la passe par leur frère, le peu de considération que Lew Archer gardait en l’homme s’émousse vite. Cible mouvante n’est pas un « who dunnit » mais plutôt un « why dunnit ». Il importe peu de connaître l’identité des ravisseurs, si ces derniers existent vraiment, mais les motivations et arrières pensées qui se massent derrière cette disparition. Si c’est l’identité du coupable qui vous interpelle, passez votre chemin car vous le devinerez vite. Par contre si vous vous attardez à l’écriture de Ross Macdonald, vous vous régalerez. Simple, concise, drôle, elle met en valeur un univers violent, jette un regard pessimiste sur la société, s’engage dans une critique constructive de la politique sociale du pays. L’histoire se déroule juste après la guerre et lors de ses déambulations, Lew Archer nous fait un rapide descriptif de toutes ces zones de non-vie qu’il traverse.

Certes les personnages, du plus pourris au plus vertueux, sont attachants. Il est difficile de les détester tant ils sont perdus, leurs agissements sont ceux de désespérés. Et puis, aucun d’entre eux ne quémandent la pitié, tous s’assument.

Personnellement, c’est l’ambiance générale que j’ai aimée. Chapeau, gabardine, vieille décapotable, un scénario simple et efficace, des dialogues ramassés, des descriptions au scalpel, et cette atmosphère incroyable! Il faut lire Cible mouvante pour vivre/ressentir cette ambiance. J’assume complètement mon engouement pour ce livre qui a fait ressurgir les meilleures heures passées devant le petit écran lorsque j’attendais fébrilement le film du dimanche soir sur FR3. D’où ma référence à « oldies but goodies ». Cible mouvante est l’une de mes madeleines. C’est bon, c’est beau, c’est fin et ça se mange sans faim. A lire, à découvrir et s’il vous plait, je vous en conjure, choisissez seulement la version des éditions Gallmeister. C’est de la bonne came ou je ne m’y connais pas. Excellente pioche.

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